Pourquoi les professionnelles de crèches, préfèrent-elles la section des grands ?

Les multi accueils sont pratiquement toujours organisés en sections : les petits, les moyens et les grands. La plupart de ces établissements accueillent de 15 à 20 enfants par section.

Les professionnelles expérimentées qui travaillent au Carrousel des Rois ont presque toutes une expérience de ces environnements qui regroupent un nombre élevé d’enfants.

Leurs commentaires sont unanimes : lorsqu’elles ont le choix, elles plébiscitent la section des grands.

Elles peuvent y donner libre cours à leur créativité pour stimuler les enfants, qui, dans cette section, sont :

·       Communicants, capables d’exprimer par la parole, émotions et besoins,

·       Mobiles, ils marchent,

·       Habiles de leurs mains, leur motricité fine est très développée

·       Socialisés, ils connaissent et appliquent des règles qui permettent la vie en collectivité.

Chansons, ateliers, sorties, modelages, dessins…. Seule l’imagination est la limite. Ajoutez que dans cette tranche d’âge, les échanges et les relations sont aussi agréables que riches et vous comprendrez l’intérêt des professionnelles pour la section des « grands ».

Il est vrai que dans les autres sections la vie n’est pas du tout la même.

Chez les petits, les professionnelles sont en permanence sur la brèche dans une alternance infernale : biberons-couches, biberons-couches… !

La durée pour donner un biberon ne se décrète pas. C’est l’enfant qui décide et s’il a envie de s’endormir au milieu d’un biberon, il n’y a plus qu’à attendre.

Quand vous n’avez qu’un seul enfant « comme à la maison » ce n’est pas toujours simple. Imaginez ce qu’est la vie d’une professionnelle quand il y a 20 bébés, que chaque enfant a besoin de 4 biberons par jour, que pendant le biberon de l’un d’entre eux, 5 ou 6 autres réclament le leur…. La section se transforme en un concert permanent de pleurs.

Difficile pour l’enfant qui est contraint d’attendre son tour. Eprouvant pour la professionnelle qui très vite ne sait plus où donner de la tête.

Entre deux biberons, il faut aussi changer les couches. Comment créer une relation de connivence, rassurante, avec l’enfant, relation faite de calme, de douceur, de regards et de mots doux, quand vous savez qu’il y a 4 ou 5 autres couches à changer « de suite » et que des bébés affamés hurlent après leur biberon.

Vous êtes obligés d’accélérer la cadence au détriment de la relation avec l’enfant.

La professionnelle n’est pas seule, direz-vous. Pour 20 bébés elles devraient être au moins 4. Que faire quand, comme Vanessa, auxiliaire de puériculture, nous l’a raconté, vous n’êtes que 3 dans la section, qu’il faut organiser les pauses et absorber les absences ?

Et les moyens, entre 1 et 2 ans ? C’est l’âge de la découverte de l’autre, jolie formule qui masque une réalité qui passe par les morsures, les griffures, les coups inamicaux donnés et reçus.

Dans cette section aussi, une attention de tous les instants est indispensable car il faut endiguer ce flot d’énergie qui souvent laisse des traces sur la peau.

Dans cette section aussi, concerts de pleurs en permanence, agressivité naturelle qu’il faut contenir, nécessité d’expliquer, de calmer, de consoler et de canaliser.

Et le soir, lors de la transmission, imaginez ce que ressent la professionnelle quand il faut informer les parents que l’enfant a mordu ou a été mordu. Des parents qu’il faut aussi gérer et qu’il faut empêcher de s’en prendre eux-mêmes au « coupable » et/ou empêcher de s’expliquer entre eux devant la crèche quand ce n’est pas par-dessus la tête des enfants.

En fin de journée quelle énergie reste-t-il à la professionnelle ? Nathalie, CAP petite enfance qui a travaillé dans une grande structure, nous a raconté l’anecdote d’une de ses collègues qui lui a dit : « je dois être patiente toute la journée avec les enfants qui me sont confiés et le soir, je n’ai plus de patience pour mon propre enfant ». Elle a quitté la crèche.

On comprend, dans ces conditions qu’on a peine à imaginer, que les professionnelles préfèrent la section des grands. On comprend aussi pourquoi beaucoup de grandes crèches souffrent de fortes rotations du personnel, rotations préjudiciables aux enfants et déprimantes pour les professionnelles.

Dans les grandes structures, la solution est peut-être à chercher dans la création de sections d’âges mélangés, comme cela se pratique dans certaines crèches innovantes. 60 enfants, 4-5 univers regroupant tous les âges, 12-15 enfants. En fait, presque la création de micro-crèches au sein des grandes structures de crèches.

Dans les micro-crèches, la solution est naturelle puisque c’est la vocation même de ces petites structures de n’accueillir que 10-11 enfants. Les âges mélangés y sont la règle, les professionnelles peuvent se consacrer à chaque enfant dans une ambiance faite de sérénité et de calme. Ce sont d’ailleurs les mots qui reviennent toujours quand des parents visitent nos crèches du Carrousel des Rois : « c’est calme et serein ».

Le mot de la fin revient à Christelle, EJE, qui nous a dit « jamais je n’aurais mis mon fils dans une grande structure ». Paradoxal pour une professionnelle de la petite enfance. Paradoxal et révélateur ! �